
Le français va très bien, merci : une exploration de l’évolution linguistique
Le choc fut palpable lorsque j’ai découvert, en lisant « Tracts n°49 » de Gallimard, que la forme correcte du mot « fromage » était en réalité « formage ». Les experts de la langue, ces linguistes éminents, sont catégoriques — ou devrais-je dire « formatiques » ? Du coup, je nourris des doutes… Bien que j’aie étudié un peu de linguistique à l’université, explorant des concepts tels que les monèmes et les phonèmes, ou m’immergeant dans les travaux d’illustres précurseurs tels que de Saussure, la question du « fromage » ne nous avait jamais été présentée. Pourquoi cet ostracisme ? Quelle obscure théorie du complot se dissimule derrière cette omission ? Ce sont ces questions, et bien d’autres, que le livre collectif Le Français va très bien, merci des Linguistes atterrés explore avec une rigueur et une passion communicatives.
À l’heure du soupçon
À l’heure du soupçon, deux attitudes sont possibles : celle de la désillusion et du renoncement, nourrie par le constat que le temps de la réflexion et celui de la décision n’ont plus rien en commun, ou celle d’un regain d’attention, comme en témoignent le retour des cahiers de doléances et la réactivation d’un débat d’ampleur nationale. Le livre s’ouvre sur une réflexion puissante, rappelant que notre liberté de penser, comme toutes nos libertés, ne peut s’exercer qu’au prix d’une volonté de comprendre. Les linguistes soulignent l’urgence de répondre à la diffusion d’idées fausses sur notre langue et appellent à une attention renouvelée et rigoureuse aux réalités linguistiques.
Décrire ou prescrire ?
La langue française est un sujet qui nous relie autant qu’il nous divise. Les linguistes du collectif Linguistes atterrés dénoncent les discours évaluatifs saturant l’espace médiatique, ceux qui dictent ce qui serait « correct » et incitent à une recherche simpliste de la perfection linguistique. Ils rappellent que la différence entre une faute et une évolution réside dans la manière dont une forme s’impose à long terme dans l’usage majoritaire. Ainsi, l’usage du mot « fromage » au lieu de « formage » illustre une modification phonétique qui s’est imposée avec le temps.
Le Français n’est plus la langue de Molière
Une idée reçue souvent évoquée est que le français classique aurait atteint la perfection au XVIIe siècle et qu’il ne ferait que décliner depuis. Or, comme le montrent les auteurs, cette vision est erronée. La langue de Molière, si belle soit-elle, appartient à une époque révolue. Les linguistes rappellent qu’à chaque période de l’histoire, diverses manières de dire coexistent, influencées par les usages, les modes, les contacts entre langues, et les besoins d’innovation.
Le français n’appartient pas à la France
Autre mythe déboulonné : le français n’appartient pas uniquement à la France. Avec plus de 300 millions de locuteurs dans le monde, souvent en contexte plurilingue, le français est une langue globale. Les linguistes mettent en lumière la richesse de cette diversité linguistique et insistent sur l’importance de reconnaître et d’accepter les multiples variétés du français, qu’elles soient européennes, africaines ou nord-américaines.
Le français n’est pas envahi par l’anglais
Les puristes s’insurgent régulièrement contre l’usage des anglicismes, perçus comme une menace pour la langue. Pourtant, les linguistes expliquent que l’intégration de mots anglais dans le français est un processus naturel et enrichissant. Spoiler, par exemple, est désormais un verbe français du premier groupe, intégré et adapté phonétiquement. Ce phénomène, loin d’être nouveau, illustre la capacité d’adaptation du français au contact d’autres langues.
Le français n’est pas réglementé par l’Académie française
L’Académie française, souvent invoquée comme arbitre de la langue, n’a pas le pouvoir de la réglementer. Les linguistes rappellent que l’usage évolue avec les locuteurs et que l’Académie n’est qu’une voix parmi d’autres. La véritable force du français réside dans sa diversité et sa capacité à évoluer avec les changements sociaux et culturels.
L’écriture numérique n’@bime pas le français
Avec Internet et les réseaux sociaux, certains craignent pour l’avenir du français. Cependant, les linguistes démontrent que les formes d’écriture numérique révèlent une grande capacité d’innovation linguistique. Ces écritures témoignent de la vitalité de la langue et offrent de nouvelles façons d’exprimer des idées de manière riche et variée.
Le français parlé n’est pas déficient
Enfin, les linguistes remettent en question l’idée selon laquelle les Français parleraient mal. Ils expliquent que l’oral précède l’écrit et que le français parlé possède sa propre grammaire et ses propres règles, aussi riches et complexes que celles de l’écrit. Apprendre à apprécier ces nuances permet de mieux comprendre et valoriser notre langue sous toutes ses formes.
In fine
Le Français va très bien, merci est une lecture essentielle pour quiconque s’intéresse à l’évolution de la langue française. Les linguistes du collectif offrent une perspective éclairante sur les mythes et réalités de notre langue, nous invitant à accepter et célébrer ses transformations. Alors voilà : entre une odeur de « formage » et une introspection linguistique, qui aurait cru qu’une exploration étymologique me mènerait à écrire cet article ? Mais, comme le dit l’adage, la vie est faite de petits mystères linguistiques qui, lorsqu’ils sont explorés, nous offrent une nouvelle perspective sur notre histoire et notre identité. J’espère que ce voyage dans les méandres du français vous a plu autant qu’une belle tranche de fromage un soir d’hivers. À la vôtre ! 🧀🍷😉

